Economie circulaire

La construction circulaire et modulaire, une réponse à l’évolution des usages des bâtiments

Publié le 19-07-2021

L’enjeu environnemental est de plus en plus préoccupant dans la société et dans nos modes de consommation et d’habitat. Un des premiers leviers de la transition énergétique et numérique est d’agir sur le secteur de la construction. En effet, le numérique, l’économie circulaire (réemploi, réutilisation, recyclage, rénovation), l’éco-construction et l’innovation dans le bâtiment en sont les sujets phares qui préoccupent les acteurs de la construction.

Lors de la journée « Moniteur Innovation Day » organisée par « Le Moniteur » en partenariat avec WinLab’ l’incubateur du CCCA-BTP le 7 juillet 2021 à la Seine Musicale (Ile Seguin, Boulogne-Billancourt) plus d’une centaine d’experts français et internationaux et d’entrepreneurs du BTP ont apporté éclairages et analyses croisées au travers d’ateliers et de conférences sur ces sujets.

 

Privilégier les bâtiments modulaires : un bâtiment pour plusieurs fonctionnalités et finalités

L’évolutivité des bâtiments va devenir progressivement une « norme » pour mieux optimiser les usages. Benoît BAZIN, directeur général de Saint Gobain estime que dans vingt ans, il y aura plus de constructions modulaires en adéquation avec les besoins d’usages suivant trois axes à savoir : la multifonctionnalité des bâtiments, la finalité du bâtiment et l’aspect vie personnelle. Cette notion d’évolution des usages doit nécessairement prendre en compte le confort et le bien-être des usagers. Selon Jacques WOLFROM, directeur général du Groupe Arcade-VYV : « il faut penser au confort et au bien-être des utilisateurs dès la phase de conception et de construction des bâtiments. La modularité et les services sont les grands défis de l’innovation dans le bâtiment ». Il faut donc faire évoluer les modes de construction et promouvoir plus de collaboratif dans la réalisation des projets.

Cette analyse croisée de deux professionnels de la construction montre l’enjeu majeur de l’anticipation sur les défis liés aux compétences et formations à faire évoluer face aux mutations des besoins et des usages. D’où le rôle central que doivent jouer les organismes de formation aux métiers du BTP en termes d’adaptation des formations à l’évolution des compétences.

Les chantiers en 2040 : réduire les nuisances sonores et les impacts environnementaux

En 2040, les chantiers seront dans une dynamique circulaire, c’est-à-dire toutes les infrastructures nécessaires seront sur le chantier notamment la centrale à béton bas carbone, les imprimantes 3D, 4D, les matériels de construction avec une forte digitalisation et la réutilisation des matériaux qui étaient présents sur ce chantier. Cette approche va considérablement réduire l’impact de la logistique de chantier vis-à-vis des résidents voisins au chantier en question. Il va y avoir plus d’implication des riverains dans la réalisation des chantiers. Demain, les matériels seront silencieux et électriques pour réduire les bruits (pollution sonore).

Le chantier zéro carbone vise la neutralité carbone mais surtout le zéro impact. Il faut donc s’approprier de plus de technologies innovantes à différents segments de la construction :

  • Conception : jumeau numérique, le BIM (Building Information Modeling) et le CIM (City Information Modeling)  
  • Construction : caractérisation des matériaux, bois, matériaux biosourcés, modélisation et simulation numériques 
  • Respect de l’environnement humain : l’utilisation de l’intelligence artificielle pour servir de capteur et d’analyse de données à des fins de prédictions

Comment redonner une seconde vie aux bâtiments ?

Aujourd’hui en France, il y a 42 millions de tonnes de déchets par an dont 26% de matériaux de seconde œuvre, selon Florence MARIN-POILLOT, directrice innovation, environnement et qualité chez VINCI CONSTRUCTION France. Or le recyclage (matière première secondaire), le réemploi (même usage) et la réutilisation (détournement d’usage) de ces matériaux font partie des exigences de la nouvelle réglementation environnementale (RE2020).  Le démontage des bâtiments permet aujourd’hui de faire le tri des matériaux réemployables et réutilisables. Par conséquent le caractère de longévité des bâtiments doit être pris en compte dès la phase de conception.

Hugo TOPALOV, ingénieur et architecte chez BELLASTOCK (spécialisé dans le réemploi des matériaux de construction) affirme que l’enjeu est culturel, c’est-à-dire changer de perception sur les déchets dans l’environnement. Autrement dit il faut les reconsidérer comme de réelles ressources (matières premières secondaires et matériaux) à réemployer/réutiliser pour d’autres projets de construction et de rénovation. L’enjeu stratégique de la transformation est d’anticiper tout le long de la chaine de valeur du bâtiment son changement de fonction pour lui donner une plus longue durée de vie. C’est par exemple le cas des bâtiments tertiaires. L’explosion du télétravail nous conduit à repenser les fonctionnalités du bâtiment, et ce dès la phase de conception. Il faut donc développer des systèmes de construction démontables, réemployables à des différentes fréquences dans une logique d’économie circulaire. Les entreprises du BTP, les architectes et maitres d’ouvrage doivent travaillent ensemble et partager leurs expériences.

En définitive, ces enjeux d’évolution des modes de construction, des attendus en termes d’usages, de fonctionnalités et de d’adaptabilité des bâtiments appellent à la nécessité de faire évoluer les compétences, les formations sur tous les segments de la construction (conception, construction, démolition, réemploi, réutilisation, et recyclage). D’où l’intérêt stratégique pour les organismes de formation qui doivent élargir leur offre de formation non seulement en termes de public (la reconversion, la formation continue courte), mais aussi en termes d’évolution notamment par l’introduction de nouveaux modules de formation sur l’économie circulaire, sur la conformité réglementaire (RE2020) dans les chantiers, la déconstruction, et le management collaboratif de projets. Donc la formation occupe une place centrale sur cet aspect, en adaptant un panel de compétences pour répondre aux cahiers des charges et exigences réglementaires.

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Auteur : Boubacar DIALLO, Chargé d’études au CCCA-BTP